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Pourquoi votre corps ne « déconne pas » : il essaie juste de vous parler

« Docteur, mon corps déconne complètement. »


C’est une phrase que j’entends très souvent. Elle arrive après une liste de symptômes parfois impressionnante : fatigue persistante, douleurs diffuses, troubles digestifs, sommeil non réparateur, prise de poids inexpliquée, anxiété ou sensation de brouillard mental. Le plus souvent, ces plaintes s’accompagnent d’un autre constat, tout aussi déroutant pour le patient : les examens sont normaux.


Face à cela, l’impression dominante est celle d’un corps devenu imprévisible, presque hostile. Pourtant, si l’on prend un peu de recul, une autre lecture est possible. Le corps ne « déconne » pas. Il fait exactement ce pour quoi il est conçu : s’adapter, compenser, alerter.


L’organisme humain est avant tout un système de survie. Il n’a pas pour mission de nous rendre performants, minces ou détendus en permanence, mais de maintenir un équilibre suffisant pour continuer à fonctionner. Lorsqu’il est soumis à des contraintes répétées — stress chronique, manque de sommeil, alimentation inadaptée, sédentarité, surcharge mentale — il ajuste ses réglages. Ces ajustements peuvent prendre la forme d’une fatigue persistante, d’un stockage énergétique accru, de tensions musculaires ou de troubles digestifs. Ce ne sont pas des erreurs de fonctionnement, mais des stratégies d’adaptation.


La difficulté vient du fait que ces déséquilibres s’installent lentement. Nous avons tendance à chercher une cause immédiate à un symptôme récent, alors que celui-ci est souvent l’aboutissement de mois, voire d’années, de contraintes accumulées. Le corps compense longtemps, souvent en silence. Puis, lorsqu’il atteint ses limites, les signaux deviennent plus visibles et plus gênants.


Dans ce contexte, un bilan biologique normal est souvent vécu comme une incompréhension supplémentaire. Pourtant, il faut rappeler ce qu’il signifie réellement : l’absence de maladie grave ou de danger immédiat. C’est une excellente nouvelle, mais ce n’est pas un certificat de bien-être. Les valeurs de référence biologiques sont des seuils statistiques, pas des indicateurs de fonctionnement optimal. On peut être « dans la norme » et pourtant épuisé, inflammé, douloureux ou démotivé.


C’est précisément ici que les limites d’une médecine uniquement centrée sur la maladie apparaissent. Non pas parce qu’elle serait inefficace, mais parce qu’elle intervient souvent tard, lorsque le déséquilibre est déjà bien installé. À l’inverse, une approche plus préventive, plus globale, s’intéresse davantage aux signaux faibles, au terrain, au mode de vie et à l’environnement du patient. Elle ne cherche pas à remplacer la médecine classique, mais à la compléter, en amont, avant que le corps ne soit contraint de crier.


C’est dans cette logique qu’émerge aujourd’hui ce que l’on peut appeler une médecine préventive 2.0. Une médecine qui ne se contente plus d’attendre l’apparition d’une pathologie, mais qui s’appuie sur une analyse plus fine des facteurs de risque individuels, du mode de vie, de l’alimentation, du sommeil, de l’activité physique et du stress. L’objectif n’est pas de multiplier les examens ou les protocoles, mais d’anticiper, de personnaliser et d’accompagner dans le temps. Une médecine plus proactive, plus participative, où le patient redevient acteur de sa santé plutôt que simple consommateur de soins.


Le langage du corps est rarement direct. Il ne formule pas de messages clairs et ordonnés, mais s’exprime par des sensations, des signaux faibles, parfois déroutants. Une fatigue persistante peut être liée à une inflammation chronique de bas grade, à des carences micronutritionnelles ou à un stress prolongé. Des troubles digestifs peuvent refléter un déséquilibre du microbiote ou une surcharge émotionnelle. Une prise de poids peut être le résultat d’interactions complexes entre hormones, sommeil et stress. Dans bien des cas, le symptôme n’est pas le problème principal, mais le messager.


Soulager un symptôme est parfois nécessaire, et il serait absurde de s’y opposer. Mais se limiter à faire taire ce symptôme sans chercher à comprendre le terrain sur lequel il apparaît expose souvent à des récidives, des déplacements de symptômes ou à une chronicisation. Cela génère frustration et sentiment d’échec, pour le patient comme pour le soignant.


Écouter son corps ne signifie pas médicaliser chaque sensation ni vivre dans l’hypervigilance. Il s’agit plutôt de reconnaître que les symptômes ont un sens, qu’ils racontent quelque chose de notre équilibre global, et qu’ils méritent d’être compris plutôt que simplement supprimés. C’est aussi accepter l’idée qu’agir plus tôt, de manière personnalisée, sur le sommeil, l’alimentation, l’activité physique ou la gestion du stress peut parfois éviter d’avoir à « réparer » plus tard.


La vraie question n’est donc pas seulement de savoir comment faire disparaître un symptôme, mais de se demander ce que le corps tente de signaler depuis un certain temps. Il parle souvent bas au début, puis insiste. Et lorsqu’il n’est pas entendu, il finit par élever la voix. La bonne nouvelle, c’est qu’il possède aussi une remarquable capacité à revenir à l’équilibre, dès lors qu’on lui en donne les moyens.

 
 
 

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